Le grand désencombrement

Forcément lorsque l’on habite un habitat réduit (10/15m² pour une Tiny house), on ne peux pas y mettre autant d’objets que dans un habitat de 70m². C’est une loi physique. À moins de connaître le secret du sac de Mary Poppins, il faut donc faire le tri. D’une personne à une autre les objets nécessaires peuvent être très différents. Il faut donc bien identifier ses besoins, apprendre à connaître ses limites et ce que l’on considère réellement comme le niveau de confort pour être bien.Se satisfaire du necessaire

Avant d’arriver sur le projet La petite mouette, j’ai entamé dans ma vie un grand désencombrement. Itinérante, je n’habite pas une Tiny house, mais j’ai d’autant plus besoin d’être légère, sans attache, (et surtout pas de box à louer où entreposer une montagne d’affaires). Il était donc nécessaire de me débarrasser de ces encombrants fardeaux que sont mes objets. Le fait d’avoir suivi durant plusieurs mois le chantier et d’avoir beaucoup échangé sur le sujet « vivre petit » avec les amis, a confirmé que j’avais pris la bonne décision. Voici un peu le déroulé de mon cheminement de désencombrement.

J’ai constaté en vacances que je n’utilisais pas l’intégralité du contenu de ma valise. Ce qui ne m’a pas empêché de passer de bon moment. Tout comme lorsque j’ai vagabondé pendant 6 mois avec un unique sac à dos, contenant un change en plus de la tenue que je portais. Ne pas être à la pointe du style ne m’a pas paralysé pour faire de supers rencontres et lier des amitiés. Seul mon manque de confiance en moi, compensé jusqu’alors dans une image lissée, « bien habillée » selon la norme, me poussait à accumuler des tas d’habits. Première étape donc, je peux réduire en conséquence ma garde robe, c’est ça de place de gagné !

Mais là où la quantité de choses que j’amassais au fil des ans m’a le plus choqué, c’est lorsqu’à plusieurs reprises sur une courte période j’ai dû déménager. La logistique à mettre en œuvre pour déplacer tout mon bazar, me poussait à remédier au problème. Je redécouvrais des objets jamais utilisés, que je me trimballais à chaque nouvelle adresse. Je m’attachais à des objets sans aucune utilité. J’en accumulais d’autres en espérant un jour les bricoler. Avoir beaucoup d’objets entravait mes mouvements. Je ne pouvais pas changer de lieu quand je le souhaitais. Il fallait gérer le bazar. Cela devenait un prétexte à l’immobilisme. Ne pas bouger, ne pas changer. Il était temps d’y remédier. Je me suis appliqué une règle assez pratique « ce que je n’ai pas utilisé depuis plus d’un an, je peux m’en séparer définitivement« . J’en ai lu une autre par la suite aussi utile, dans le témoignage de Mylène une habitante de tinyhouse, « ce que je n’utilise pas 95% du temps je peux m’en passer à 100%« . Ce sont de bonnes bases pour commencer à faire le tri. Et quand on s’y est mis sérieusement, ça devient plus en plus facile.

J’ai donc donné beaucoup de choses, des habits dans une friperie associative et à des amies, des meubles et des objets sur des sites de dons [1], j’ai laissé des choses à mes anciens colocataires et revendues d’autres. J’essaie de ne plus m’attacher aux objets. Je privilégie ceux aux emplois multiples. Et un mois de bénévolat dans une ressourcerie a confirmé qu’il était grand temps d’arrêter le grand gaspillage généralisé.

Dans tout ça j’ai gagné en sérénité. Avoir moins, fait que l’on n’a pas grand chose à perdre. Ça paraît logique dit comme ça, mais au jour le jour, habitué à mon bazar j’avais perdu cette notion. Je suis désormais beaucoup moins méfiante, je n’ai pas à craindre de potentiels voleurs, puisque je n’ai plus grand chose. Je suis débarrassée de la peur, puisque débarrassée des objets. Je n’ai plus envie de portes fermées à double tour pour me prémunir des vols, ni de me barricader derrière des murs que l’on voit malheureusement grandir d’année en année dans les quartiers. (Je vous invite d’ailleurs sur ce thème à écouter la chouette chanson Le videur du quartier du groupe stéphanois Ma Pauvre Lucette.)

Transition-DebarrasChoisir de vivre de peu, pour moi, c’est choisir de vivre mieux. Et ça a des effets positifs à plein de niveau. Écologiquement soutenable, plus sain pour l’esprit et cela m’incite à aller vers les autres ! Je vais là où sont les choses que je ne possède pas (ou plus), dans des lieux communs, chez des amis… Cette démarche m’a incité à m’ouvrir.

Vivre volontairement avec peu, est peut être l’une des solutions pour vivre mieux ensemble. Aujourd’hui même si Mary Poppins me donnait la solution, je pense que je lui dirait de la garder. J’ai saisi par cette expérience l’importance de la simplicité qu’ont prôné l’Abbé Pierre, Gandhi, Sœur Emmanuelle et que poursuivent d’autres.

Voilà donc les effets que ce grand désencombrement m’a procuré. J’en fait maintenant la promotion car je souhaite qu’il en procure autant à ceux à qui j’en parle. Et je me dit que peut être cela apportera sa petite pierre pour un monde plus juste.

Hélène

[1] sites de dons : donnons.org et dans certaines villes les groupes facebook *nom de la ville* à récup’ sont très actifs. Sans oublier Emmaüs, le Relais et les associations locales ressourceries, friperies, donneries…


Et en bonus, un petit schéma qui m’aide au quotidien. Pyramide de la décroissance. Ou comment éviter d’accumuler des choses inutiles et dépenser du temps, de l’énergie et des ressources pour rien.Pyramide de la décroissance

Glanage de déchets

Le chantier de la Tiny house est au pied du massif des Albères, à deux pas du site naturel protégé du Racou. On profite donc souvent de la fin de semaine pour aller se balader.

Après plusieurs promenades sur la plage de galets du Racou nous avons constaté qu’il y avait pas mal de déchets, charriés par la mer ou délaissés par des promeneurs. Nous avons décidé un weekend de nous équiper de sacs plastiques afin de les récupérer. Nous pensions avoir largement assez avec 2 sacs, mais quelques dizaines de mètres auront suffit pour venir à bout de leurs capacités.

1ère pèche le samedi

Quand on commence à épier les déchets on se rend compte qu’ils sont partout !

On a croisé plusieurs promeneurs qui nous ont remercié. C’était super encourageant ! Et pour le coup on a remis le couvert en famille, le premier de l’an sur une plage bretonne. (Nielsen et Hélène)

Voici le résultat de nos deux jours de pêche aux déchets. La première fois, le samedi 12 décembre, nous étions deux collecteurs et trois le lendemain.

On a par la suite découvert des associations et des collectifs de citoyens un peu partout en France et dans le monde qui se regroupent lors d’évènements ponctuels pour faire des ramassages. On peut en rejoindre facilement via Facebook.

Richard Lang et Judith Selby Lang ramassent des déchets sur les côtes américaines depuis 1999, avec lesquels ils créent des oeuvres. On vous invite à faire un tour sur leur site pour découvrir leurs compositions. http://www.beachplastic.com

Et pour connaître les conséquences de tout ces déchets sur la faune et la flore, jetez donc un oeil aux images saisissantes du Midway project.

Et les solutions dans tout ça?
Vous avez peut être entendu parler du mouvement zéro déchet. Il s’agit tout simplement de solutionner le problème à la racine. Si l’on ne produit pas de déchet, on n’a pas à les collecter ni a se soucier de leur retraitement.

Cela passe par l’achat de produits en vrac, c’est à dire sans emballage. C’est assez facile pour tout ce qui est épicerie, produits secs, fruits et légumes, sur les marchés par exemple, mais on trouve aussi du savon, de la lessive, de l’huile, de la bière, etc. De plus en plus d’enseignes spécialisées ouvrent, et d’autres s’y mettent. Cela nécessite une petite réorganisation du quotidien et s’avère une fois en place un vrai gain de temps que l’on peut investir ailleurs.

Le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas.

Le Mas Boutet, chez Isabelle et Gildas

Le chantier est situé à deux pas de l’oliveraie du Mas Boutet. Isabelle et Gildas font renaître ce domaine familial oléilcole depuis 2000. Ils cultivent des olives en label bio. Nous sommes allé voir comment ça se passait chez nos voisins.

On a appris que l’huile d’olive produit un acide, l’acide oléique, qui mange tout. Il ne faut donc surtout pas la conserver dans des bidons plastiques. Ce qu’ils recherchent, eux, c’est la qualité et le goût. Ils prennent donc le temps qu’il faut pour que la nature donne le meilleur. Isabelle nous explique que bien souvent les huiles de mauvaise qualité sont filtrées aussitôt pressées, puis embouteillées, pour être mises en vente au plus vite. Pourtant l’huile ne doit jamais être filtrée car elle perdrait toutes ses vertus. Au Mas Boutet, on laisse décanter plusieurs semaines/mois, l’huile pour que les impuretés se déposent au fond des cuve et on transvase dans de nouvelles, en prenant soin de laisser la lie (le dépôt). Et on réitère l’opération jusqu’à obtention de la qualité recherchée.

Isabelle nous a aussi expliqué comment avec Gildas, ils préservent la biodiversité sur le domaine. Et tous les intérêts qu’ils ont à faire avec la nature plutôt que contre elle. Par exemple des nichoirs à oiseaux ont été installé et les herbes hautes sont laissées tranquilles, cela permet aux mésanges de venir s’installer. Elles mangent des quantités phénoménale d’insectes, dont les insectes prédateurs de l’olivier. C’est bien plus sympa que n’importe quel pesticide. Les herbes laissées tranquilles, font aussi double usage, car lors des fortes pluies, elles permettent à la terre d’absorber l’eau et évite que des pluies torrentielles arrachent arbres et murette.

Bref, c’était tellement chouette qu’on a fait une vidéo.